Résumé de sa vie

JEAN ZAY
(6 août 1904-20 juin 1944)

AVT Zay-Jean 8349

 

Il naît le 6 août 1904 à Orléans d'un père juif et d'une mère protestante.
Il appartient à une génération pour qui la littérature est un lieu de vraies réussites. Primé au concours général, il est tenté par une carrière littéraire dont il a le goût et le talent.

Avec quelques amis étudiants, il anime une revue littéraire locale, Le Grenier.
L'un de ses premiers textes, un pastiche antimilitariste, Le Drapeau, lui sera périodiquement reproché.

Mais l'appel de la politique est le plus fort. Par son père, Léon Zay, directeur du quotidien radical-socialiste local, il est très tôt initié aux débats politiques. Aussi, quand il s'installe à Orléans comme avocat en 1928, il lui est facile de publier ses premiers articles et de s'intégrer aux milieux républicains locaux, aux cercles laïques et à la franc-maçonnerie.

Élu député d'Orléans en 1932, à 27 ans, Jean Zay se situe à la gauche du Parti Radical, avec les « Jeunes Turcs », comme Jacques Kayser, Pierre Cot ou Pierre Mendés France. Il se spécialise dans les problèmes de l'artisanat et du commerce et il présente le rapport de politique générale au congrès de 1935.
Il est l'un des leaders du courant qui emporte l'adhésion du parti au Rassemblement populaire.
Son accession au secrétariat d'État à la présidence du Conseil, dans le ministère Sarraut, en janvier 1936, atteste qu'il est devenu l'un des espoirs du vieux parti.

Réélu député en 1936, il est choisi par Léon Blum comme ministre de l'Education nationale. Il n'a pas encore 32 ans. Il réussit si bien dans ces fonctions qu'il les conserve jusqu'à la guerre.

Son action présente de multiples aspects.

Dans le domaine de l'éducation, il entreprend des réformes de structure directement inspirées par le courant de l'école unique et le programme de la Fédération générale de l'enseignement CGT.

Le projet qu'il dépose le 5 mars 1937 sur le bureau de la chambre en dégage les grandes lignes : unification des classes primaires des lycées et des écoles élémentaires, transformation de la classe de 6ème en une classe d'orientation, après laquelle divergeraient trois sections, classique, moderne et technique, d'un même enseignement du second degré, organisation de ce second degré en deux cycles.

Bien accueilli dans un 1er temps, ce projet est enterré par la commission parlementaire que préside un autre radical Hippolyte Ducos, agrégé de lettres classiques qui le juge funeste aux humanités.
Jean Zay réalisera par décret les éléments de son projet qui peuvent l'être.
Il crée d'abord, à titre expérimental, dans plus de 200 établissements, des classes d'orientations au niveau de la 6ème.
Il unifie les programmes du primaire supérieur et du 1er cycle secondaire, ce qui le conduit à promulguer le même jour, deux arrêtés distincts fixant les programmes de chaque ordre d'enseignement dans des termes identiques.
Il modifie l'organisation du ministère, créant une direction du 1er degré, compétente aussi pour les petites classe des Lycées, et une direction du second degré à laquelle sont rattachées les écoles primaires supérieures.

L'action réformatrice concerne aussi la pédagogie.

La loi du 11 août 1936 a prolongé d'une année l'obligation scolaire.
Jean Zay ne veut pas que cette année supplémentaire soit une répétition des précédentes.

Faisant appel à l'initiative des instituteurs, il lance l'idée d'un programme d'ouverture vers la vie active, avec des activités dirigées, des classes promenades.
Cette ouverture rejaillit sur les autres classes élémentaires, et débouche sur de nouvelles instructions, à l'automne de 1938, tandis que la nouvelle pédagogie expérimentée dans les classes d'orientation inspire d'autres instructions pour le 1er cycle.
« Si nous avions, dans l'histoire de l'évolution scolaire française, quelques lustres aussi riches en innovations hardies que ces deux dernières années, écrit Célestin Freinet en novembre 1938, il y aurait bientôt quelque chose de changé dans l'éducation française ».

Dans bien d'autres domaines, l'œuvre de Jean Zay est décisive. Il soutient Léo Lagrange, dont le secrétaire d'Etat aux sports lui est rattaché en 1937, et il contribue au développement du sport populaire.

Il organise le sport universitaire et institue un Conseil supérieur des œuvres sociales en faveurs des étudiants.
Il oblige les apprentis à passer par un centre d'orientation professionnelle.
Il développe les statistiques scolaires. Il organise l'administration de la recherche et crée le CNRS.

Les Beaux-Arts étant rattachés à l'Éducation nationale il crée la réunion des théâtres nationaux, le Musée d'art moderne et celui des arts et traditions populaires.

Il jette les bases d'une définition légale du droit d'auteur.
Il lance le premier festival de cinéma, qui aurait dû se tenir à Cannes en septembre 1939.

Mais c'est la guerre et Jean Zay démissionne pour être mobilisé et en juin 1940 gagne Bordeaux, et s'embarque sur le Massilia.

Arrivé à Casablanca, au Maroc, il est arrêté pour désertion devant l'ennemi.

Renvoyé en métropole, Jean Zay est interné le 20 août à la prison militaire de Clermont-Ferrand.
Pendant des mois, une violente campagne de presse orchestrée par Philippe Henriot, ministre de l'Information du gouvernement de Vichy, réclame la condamnation à mort du « Juif Jean Zay » comme juif, franc-maçon, antimunichois, antihitlérien et ministre du Front populaire.

Le 4 octobre 1940, le tribunal militaire permanent de la 13e division militaire, siégeant à Clermont-Ferrand, le condamne comme officier pour désertion en présence de l'ennemi à la déportation à vie et à la dégradation militaire.

Ses prises de position très antimilitaristes et pacifistes avant la déclaration de guerre ne sont sans doute pas étrangères à cette sévérité.

Pour l'historien Olivier Loubes, « bouc émissaire idéal », Jean Zay a été condamné « à une peine qui vise à rappeler celle de Dreyfus. »
Transféré le 4 décembre 1940 au fort Saint-Nicolas, à Marseille, pour être déporté, sa peine de déportation dans un bagne est muée par le gouvernement de Vichy en simple internement en métropole et, le 7 janvier 1941, il est incarcéré au quartier spécial de la maison d'arrêt de Riom.

De sa prison de Riom, Jean Zay peut continuer à recevoir régulièrement sa femme et ses deux filles.

Il peut écrire et communiquer avec ses amis. Là, il fait le choix de rester dans la légalité et refuse une évasion que la Résistance aurait pu réaliser sans peine, étant donnée sa puissance dans la région.

Il continue à travailler pendant sa captivité, préparant les réformes qu'il pense pouvoir mettre en œuvre après la Libération.

Il y écrira un livre admirable « Souvenirs et solitude »

Le 20 juin 1944, trois miliciens de Joseph Darnand viennent le chercher à la prison.
Ils présentent un ordre de transfert pour Melun signé par le directeur de l'administration pénitentiaire, Baillet, également milicien, ce document contient aussi des instructions de Clémoz, qui est alors chef de cabinet de Darnand à Vichy.

Les trois miliciens lui laissent entendre ensuite qu'ils sont des résistants déguisés qui ont pour mission de lui faire rejoindre le maquis, et l'assassinent dans un bois, près d'une carrière abandonnée, au lieu-dit Les Malavaux, à Molles, dans l'Allier.

Les tueurs le déshabillent, lui ôtent son alliance, le fusillent, jettent la dépouille dans un puits et y lancent quelques grenades de manière à ce qu'il ne puisse pas être identifié.

Le 22 septembre 1945, son corps et ceux de deux autres personnes sont retrouvés, enfouis sous un tas de pierres, par des chasseurs de Molles et de Cusset, et enterrés sur ordre de la municipalité de Cusset dans une même fosse du cimetière communal.

Faisant le rapprochement entre le cadavre et la disparition de Jean Zay, les enquêteurs retrouvent l'identité du milicien qui a signé le registre de levée d'écrou, Charles Develle, et l'interpellent à Naples, où il s'était réfugié.

Exhumés fin 1947, les restes de Jean Zay sont identifiés grâce à sa fiche dentaire et aux mensurations données par son tailleur.

Jugé en février 1953, le milicien est condamné aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de Lyon.

Le 5 juillet 1945, la cour d'appel de Riom réexamine les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constate qu'à aucun moment il ne s'est soustrait à l'autorité militaire, et que, je cite :
« les poursuites intentées contre le sous-lieutenant Jean Zay ne peuvent s'expliquer que par le désir qu'a eu le gouvernement d'atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu'il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité. »

Elle annule donc le jugement du 4 octobre 1940, et Jean Zay est pleinement réhabilité à titre posthume.

Jean Zay est cité à l'ordre de la Nation par le président du gouvernement provisoire de la République française Félix Gouin, en avril 1946, et un hommage public lui est rendu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 27 juin 1947.

En juin 1994, l'hommage de la République lui est rendu à Orléans, en présence du Président de la République François Mitterrand.

En décembre 2008, les étudiants socialistes de Sciences Po lui rendent hommage en renommant leur section « Sciences Po - Jean Zay ».

En mai 2009, la fondation du Grand Orient de France crée à Sciences Po Bordeaux, une « chaire Jean Zay ».

Cette chaire a une double vocation : l'approche comparée de la laïcité dans les grandes démocraties (cours dispensé en 2010 et 2011 par Jean-Michel Quillardet, ancien grand maître du GODF) et le soutien à la diversité sociale sous forme de bourses d'installation pour des étudiants lauréats de l'opération « Sciences Po Bordeaux, je le peux parce que je le veux ».

La chaire Jean Zay est inaugurée à Sciences Po Bordeaux, en présence des filles de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay et Catherine Martin-Zay, le 22 janvier 2010. L'éloge de Jean Zay est prononcé par Olivier Loubes, professeur d'histoire.

Il existe une association « Jean Zay au Panthéon » fondée à Orléans, qui œuvre pour le transfert de ses cendres au Panthéon, et dont le président est Jean-Michel Quillardet et le secrétaire général, Alain Vernet.

Le 8 juin 2010, les deux filles de Jean Zay font don aux Archives nationales de l'ensemble de ses « papiers».

La promotion 2012-2013 de l'ENA a choisi de lui rendre hommage en se baptisant « promotion Jean Zay »

« Alors que notre époque a tant manqué de modèles et d'exemples, c'est un grand malheur pour le pays tout entier que Jean Zay ait été sacrifié à l'aube de la libération. Il aurait été l'un des meilleurs, l'un des animateurs d'une génération qui en a été trop privée. Ceux qui l'ont assassiné ont porté un coup, non seulement à ceux qui l'ont aimé, mais à la France toute entière »

Pierre Mendès France